Ariane 1

juillet 29th, 2008 · No Comments

 

Tu es Ariane, la filante, la réchappée des étoiles. Tu as le pied agile de Diane, la chasseresse, mais toi, ce sont les oiseaux qui t’entourent, qui virevoltent, qui te suivent et te précèdent. Où ? Vers l’aurore, ton nom se confond avec l’aurore. L’heure où l’aube se lève, le parfum de ta nuit embaume le jour. Et tu t’élèves en une lente danse émouvante, les arbres pleuvent, les herbes scintillent, les lucioles vacillent.

Tu es la lumière avant la lumière. Tu n’apparais pas. Mais tous les cœurs sont avec toi. Le jour te cherche, comme un fou de soleil. La nuit t’espère secrètement. L’heure où tu viens, le silence se fait. La paix. Plus que la paix. Un indicible arrêt sans heure. Tu parais immobile et limpide aux yeux de tous. Pourtant tu tournoies et file à tire d’aile, tu couds le manteau du jour avec celui de la nuit, tu es une fileuse !

A l’heure où ta tâche est accomplie, tu as disparu. Certains te guettent pourtant. Ceux dont la vie tient à ton fil. Les fils clairs obscurs, sans marins ni voile, sans parpaing ni étoile. Ceux qui ont cessé de courir et qui ne peuvent plus vraiment dormir, ceux qui ont usé les rochers et qui ne savent plus marcher dans la vallée, ceux qui ont déjà trop voler, trop ramper, trop nager, trop escalader, trop résister et qui sont calmement inquiets de leur impasse dans le labyrinthe : tous ceux là comptent sur toi.

Ils t’appellent, jour et nuit, nuit et jour. Ils te perdent, ils te cherchent, ils t’oublient aussi parfois dans leur recherche. Tu les rends fous de toi. Tu es leur dernière folie.

Ils finissent par s’asseoir entre un mur noir et un mur blanc du labyrinthe, au milieu, là où le soleil peut frapper et la nuit givrée. Ils s’en foutent, ils te veulent toi. Pas ton fil à la patte. Non, toi. Mais ils savent qu’ils ne t’auront pas. Ils sont devenus sages en apparaissant fous. A l’heure où leur patience a confondu le silence des murs, où leur mesure les a confondus avec les murs, ils t’ont reçu, dans le labyrinthe. Ils n’avaient plus rien à voir, mais ils ont senti que tu étais là, à l’heure bleue, à l’étincelle de l’aurore. A l’heure où tu es venue, ils étaient toi.

Le labyrinthe brilla en cité céleste. Tout était comme d’habitude, mais les fils d’Ariane avaient réussi à perdre ce qui les avait perdu. Et ce fut ton premier jour.

 

Tags: la femme · poèmes teintés d'hermétisme · Contes

0 responses so far ↓

  • There are no comments yet...Kick things off by filling out the form below.

Leave a Comment