La philosophie n’est pas sage, elle est amoureuse de ce qu’elle pense être la sagesse, et comme toute amoureuse, s’y aveugle.
Des tâches de lumière dansent en flammes étranges longtemps après sur son front. A la saint Jean, il fut un temps où les amoureux sautaient à travers un grand feu et ceux qui réussissaient pouvaient s’épouser au nouvel an, les autres y laissaient quelques plumes au goût de cendre.
Ainsi, pour se prémunir de son état amoureux, la première passion du philosophe est de clouer sur la croix de la raison, ses premiers affects incertains : là est le début de sa croisade, qu’il sait parfois faire payer cher aux hérétiques de l’émotion…
La deuxième passion du philosophe est alors de signaler et de goudronner des routes du sens, oubliant que l’on peut se promener à pied…
La troisième passion du philosophe est l’embouteillage de pensées, prêt à se sacrifier, à attendre des journées entières pour le carrefour d’une idée que ses prédécesseurs avaient inventés.
Quand cet étrange personnage que l’on nomme philosophe, a cessé de courir les jupons de la sagesse ainsi et s’est dépris des passions raisonneuses de sa passion, il nous revient comme guéri et aimable de surcroît. Toute sa philia, son amitié, il peut en effet désormais largement part autour de lui : tous, y compris les philosophes encore préoccupés qui ne s’en doutent pas et n’en veulent pas, bénéficient de son empathie et sa bienveillance…
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